Au pays des Texans

– Papa, il y a combien d’heures de vol jusqu’au Texas ?

– Un peu moins de 10 heures. Mais le voyage sera terminé plus vite, en cas d’attentat.

Je capte le regard incrédule du chauffeur de VTC dans le rétro, alors que la voiture en route pour Roissy Charles de Gaulle tangue dangereusement sur la chaussée.

Pourtant, je ne faisais que proférer une simple vérité. Et 10 heures, c’est long, très long. Alors, on mange, on dort. On rattrape son retard sur les derniers mois d’actu ciné gracieusement dispensés par le service culturel d’Air France. Avec Chocolat, je suis ramené à ma condition d’héritier d’une société raciste et esclavagiste, alors que Fatima m’explique combien les femmes voilées peuvent être formidables. Grâce à Trumbo, je réalise qu’avoir été du côté de Staline fait de vous une victime rétrospective de la bien-pensance.

Ces actions de repentance de haut vol dûment réalisées, séquence baston, pour vérifier si Batman est plus fort que Superman, de quelle manière Creed junior corrige les vilains grâce à l’enseignement de Rocky. J’apprends enfin comment Matt Damon fait pousser des patates sur Mars, en dépit du manque de perspective de l’ouverture d’un Truffaut sur la planète rouge.

Cette soupe aux navets d’ici et d’ailleurs vous ferait presque regretter, finalement, que le voyage n’ait pas été interrompu par un fanatique des Cahiers du Cinéma. On aura quand même le réconfort d’avoir évité la dépense pour aller contempler ces machins bébêtes et démagogiques au ciné, entourés de bouffeurs de pop-corns forcément malappris.

C’est l’esprit raplapla et bien embrumé par ces nourritures intellectuelles de bas étage que l’on touche enfin au but : Houston.

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C’est l’heure des files. Il faut d’abord se présenter devant un automate qui vous pose les questions rituelles (êtes-vous venus pour travailler, transportez-vous des insectes, etc – j’ai bien envie de lui dénoncer un collègue du bureau qui a des poux, selon des rumeurs persistantes, mais baste) ; une seconde attente pour faire le même numéro devant un être humain qui nous encourage à aller visiter Fredericksburg, « endroit où l’on fait de l’excellent vin, des Français comme vous devraient l’apprécier ». J’acquiesce avec force, en me demandant si ce n’était pas un test pour débusquer des fondamentalistes.

On récupère les bagages. Depuis le temps qu’on poireaute pour exhiber nos empreintes digitales à des autorités tour à tour électroniques et humaines, ils sont arrivés depuis belle lurette. On embarque dans la navette qui dessert le site des locations auto. Dernière attente, enfin, pour présenter au comptoir de Hertz la berline depuis longtemps réservée depuis la France. Une bien belle caisse au demeurant, cette voiture familiale,  confortable et franco-japonaise (Nissan).

Nous prenons la route alors que la fatigue tente de me fermer les yeux. Je n’ai qu’une crainte, celle de m’endormir au volant ; mais cela ne m’est encore jamais arrivé. La conduite au Texas ne paraît à première vue pas très difficile. Les autres voitures se contentent de me dépasser quand je ne file pas à la vitesse max autorisée. Les voies sont larges et propres, même les passages sous les échangeurs qui sont devenus chez nous autant de dépotoirs ou de refuges de sans-abris. En quittant l’aéroport pour prendre la route de Columbus, je suis étonné de traverser un paysage où l’homme n’a pas effacé la nature. Nous parcourons une sorte de Beauce tropicale, toute plane sous une température de 30 degrés. Beaucoup d’herbe et, de temps à autres, d’immenses drapeaux américains qui flottent au même rythme que la bannière texane.

 

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2 réflexions sur “Au pays des Texans

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