Histoires plurielles

San Antonio possède sa propre tour panoramique, un monument tout en hauteur surmonté d’une salle ronde. La forme de la Tower of the Americas (noter le pluriel) n’a rien d’original et évoque de semblables édifices à Las Vegas ou Seattle, par exemple. Mais sa visite permet de confirmer l’étonnante impression ressentie depuis le plancher des vaches. Celle d’une cité plate, étendue, et plutôt verte. Nous ne décelons aucun signe d’un quelconque nuage de pollution. A nos pieds, une grande arène de spectacles, l’Alamodome, que nous ne pourrons pas visiter faute de manifestation pendant notre séjour, et l’Institut des Cultures Texanes – oui, des cultures texanes, tant ici aussi la marque du pluriel est riche de sens – où se déroulent, quelques jours par an, des cérémonies de naturalisation.

Aujourd’hui est l’un de ces jours. Des rangées de chaises sont alignées dans l’espace principal de l’institution, en face d’une estrade. Le lieu est entouré par un cordon de protection. Photos interdites, passage réglementé : tout est pensé pour rendre le moment solennel. A l’heure prévue, un orateur prend le micro devant une salle comble. Il explique combien les nouveaux naturalisés sont une chance pour l’Amérique. Son expression est appliquée et sérieuse, et la grande précision qu’il met à articuler son discours dénote sa volonté d’être bien compris de chacun. Des militaires en habits d’apparat et à la mine grave viennent fixer des drapeaux sur l’estrade avant de quitter la salle d’un pas mesuré. Pas de musique, aucun tapage. Le geste souligne l’importance de l’instant présent.

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Candidats sur le point d’être naturalisés

Puis l’orateur explique les règles. Il va énumérer des pays. Chaque candidat à la naturalisation doit se mettre debout, et rester ainsi, quand il entend citer sa terre d’origine.

Brazil. Ecuador. A chaque fois, quelques spectateurs se dressent. Beaucoup de pays latino-américains, Mexique en tête ; on entend appeler Iran et Iraq ; et même Royaume-uni et Suisse.

Quand tous les candidats sont debout, le serment est déclamé, demandant à chacun de s’engager pour servir la patrie. La réponse à l’unisson des candidats « Yes, I do » déclenche cette ultime réplique : « vous êtes maintenant citoyens américains ».

Voilà une affaire rondement menée, les nouveaux Américains vont maintenant serrer à tout de rôle la main du représentant fédéral, récupérer un diplôme et un petit drapeau sous l’œil des caméras familiales. Sentencieux, oui, sans doute, mais la cérémonie avec toutes ses péripéties, cette cérémonie qui place à tour de rôle chaque candidat au centre des préoccupations, possède un véritable mérite. Elle fait entrer dans la tête de chacun que l’acquisition de la nationalité n’est pas qu’une affaire de papiers. Elle implique bien autre chose : une adhésion à des valeurs, le serment d’une loyauté. Et toujours cette question : pourquoi ce qui ferait rire tout le monde chez nous passe si bien ici ?

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