D’Alamo à Castroville

Quand le touriste n’est pas au sous-sol pour suivre les méandres des canaux ou haut perché sur la Tower of the Americas, il explore la surface en quête d’évocations du siège d’Alamo. Facile à trouver, le lieu est indiqué partout.

Indiqué, certes, mais il faudra tout de même faire preuve d’imagination. L’enceinte initiale, relativement vaste, n’est plus qu’un souvenir matérialisé çà et là par des vestiges de constructions ou des plaques commémoratives. Il reste le saint des saints, l’édifice principal, la Mission Alamo proprement dite, sorte de nef assez intimidante flanquée d’un magasin à souvenirs. Toute cette exhibition de drapeaux (dans ce pays, on aime bien les drapeaux) et de reliques diverses (dont le gilet, en état presque neuf, de Davy Crockett) reste à mon avis moins intéressante que la découverte de l’extérieur des lieux, avec le fameux fronton aux quatre colonnes et son renflement central. L’importance du sacrifice est glorifié par le groupe de statues en hommage au courage de quelques braves. Cette bataille mythique compte parmi les premiers souvenirs d’enfance de bien des gens, sans doute parce que les gentils se font tous tuer et que le jeune humain prend abruptement conscience que la vie, même pour les héros, se termine par un inconvénient.

Du reste, on peut se demander si ce ne sont pas les Mexicains qui ont finalement réussi à l’emporter contre les Texans, tant les Latinos sont ici présents. Nous nous sommes mis en quête d’un Texas différent, dans la cité voisine de Castroville, peuplée au XIXe siècle par des Alsaciens de la région de Mulhouse. La ville d’Henri Castro – un Français devenu Américain – a de quoi titiller la curiosité. Comment peut-on être Texan et Alsacien ?

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Sur place, nous trouvons un bourg impeccablement quadrillé à l’américaine, bien loin de l’image du coquet village d’Alsace. Mais celle-ci n’est pas absente. La silhouette de l’Alsacienne, semblable à celle qui ornait jadis des paquets de biscuits, trône devant des boutiques d’antiquités. Nous entrons. La propriétaire connaît bien évidemment les origines françaises  de cet endroit, avec ces maisons du XIXe et leurs étonnants colombages, mais sans pouvoir nous en dire beaucoup plus. L’histoire des familles alsaciennes s’est perdue au fil des générations. Plus loin, une boutique de « pâtisseries alsaciennes » retient notre attention. Son intérieur est décoré par des recettes, en français, animées par de petits alsaciens en habits typiques, tout-à-fait le genre d’estampes que l’on trouvait dans les écoles d’autrefois, pour édifier les jeunes générations et les persuader que cette région était un authentique bout de France. Je questionne la vendeuse : est-elle d’origine française ? Pas du tout, me répond-elle sans façon, en servant un client coiffé d’un Stetson et dont la ceinture laisse apparaître la crosse de deux revolvers. Le patron ? Pas davantage. Il n’y a plus d’Alsaciens, me dit-elle, seule la tradition de ces gâteaux s’est perpétuée ; tous les Français d’autrefois sont devenus des Texans. Elle ne sait même pas à quoi la langue des Alsaciens pouvait ressembler (à une sorte d’allemand avec des mots français, expliqué-je maladroitement). Mais il lui est arrivé, se souvient-elle alors, d’avoir entendu des vieux parler un langage bizarre, le matin au café, me dit-elle en m’indiquant une vague direction de la main.

Là s’arrêteront nos découvertes. Nous nous rendons au restau alsacien du coin, curieux de voir à quoi pouvait ressembler une choucroute texane. Nous ne le saurons jamais : le lieu ne sert plus, à notre désarroi, que des plats pakistanais.

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2 réflexions sur “D’Alamo à Castroville

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