Les tadarides d’Austin

Une seule chose nous a attirés à Austin : l’envol d’un million de chauves-souris, chaque soir d’été, depuis  pont de l’Avenue du Congrès. Mais Austin, c’est tout d’abord une capitale d’état, et la visite du centre confirme que nous sommes bien là où se bâtit la politique du Texas. Un grand capitole, cette construction couronnée d’une coupole, domine un parc tout vert bordé par des bâtiments imposants. Nous ne sommes plus dans la presque rustique San Antonio avec ses canaux ombragés, mais dans une cité qui entend démontrer son importance.

Nous suivons la Congress Avenue en direction du pont aux chauves-souris. Une sorte d’avenue des Champs-Elysées, large et commerçante, en moins populeuse et plus endormie. On reste toujours surpris de la placidité peut-être apparente des Texans au volant. Pas d’accélération intempestive, pas d’avertisseur, respect des piétons et de la signalisation, la façon de conduire n’est pas ici un signe extérieur de pouvoir (mais peut-être que le port d’arme assure cette fonction).

Une petite foule se presse déjà sur le pont, où nous arrivons une heure avant le coucher du soleil. C’est parti pour une longue contemplation du superbe panorama offert par le plan d’eau formé par la rivière Colorado, quand un type étrange vient nous interpeller. Il porte un tee-shirt frappé du symbole de Batman, son chapeau noir est surmonté d’une chauve-souris factice et il s’exprime par interjections. Ses grands gestes sont éloquents : il nous encourage à rejoindre l’autre bout du pont, endroit d’où, si l’on en croit sa pantomime, la nuée de chiroptères s’envolera. Comme le type a l’air plutôt connaisseur et inoffensif, en dépit de son accoutrement, la petite foule suit ses conseils. Et à 20h30 précises – exact moment où le disque solaire disparaît de l’horizon – les premières chauves-souris s’élancent du pont sous l’acclamation des badauds. L’essor n’est pas massif, mais rapide et soutenu, si bien que le spectacle de ce jet incessant de Tadarides du Brésil, ce cousin américain de notre pipistrelle, a quelque chose de fascinant. Tant d’animaux capables de se loger dans un espace si insoupçonné ! Et le flux continue, seconde après seconde, minute après minute, ajoutant des nuées de mammifères petits et vifs à la masse déjà en vol qui tournoie au-dessus des eaux.

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Le nuage toujours grossissant va et vient au-dessus des embarcations venues admirer the emergence of the bats. On estime la population des chauves-souris au-delà du million, soit plus que l’ensemble des habitants d’Austin. Le tourbillon formé d’une myriade de points minuscules et saccadés s’éloigne à présent. Il ne sera pas de retour avant l’aurore.

Nous retrouvons l’homme à la casquette de chauve-souris. Il tend un petit papier expliquant qu’il est sourd. Ses services de guide et de vendeur de breloques lui permettent de se faire un peu d’agent de poche. N’étant pas pour notre part des mammifères volants, nous le remercions de bonne grâce (et en espèces).

 

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