Dallas

Dallas, pour le commun des touristes, c’est deux choses qui n’ont rien à voir. Une série TV des années 80 diffusée dans le monde entier, et un drame historique.

De la série TV, il reste le ranch de Southfork où des scènes ont été tournées. L’intérêt du lieu pour quelqu’un comme moi qui n’a jamais vu un seul épisode de Dallas, ton univers impitoyââhableu, et qui n’a aucune envie d’en voir un, est qu’il s’agit d’une authentique ferme texane. Quand j’écris « ferme » viennent à l’esprit ces images de basses-cours où la volaille caquetante dispute au porc les déchets de cuisine. Avec un ranch, cela va de soi, on change d’échelle. La basse-cour fait 10000 mètres carrés et en guise de poules stupides et d’oies vindicatives s’ébattent de fiers bestiaux. A Southfork l’on élève des pur-sangs (l’ancien propriétaire Joe Duncan en avait vendu un à John Wayne, qui s’y connaissait un peu), des vaches aux longues cornes (long horns) et quelques lamas qui, tout ahuris d’avoir quitté les altitudes andines, toisent le visiteur d’un regard torve.

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Au centre de la propriété, la baraque d’un blanc immaculé surprend par son aménagement cossu, en particulier par le salon du rez-de chaussée tout en ornements luxueux. Le feuilleton n’a jamais été tourné à l’intérieur de ces murs (seules les prises de vue en extérieur ont été autorisées) mais le dernier propriétaire du lieu a voulu recréer les décors de l’opulente demeure des époux Ewings à l’attention des fans.

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Dallas veut-elle effacer la trace maudite de l’assassinat de Kennedy ? Ce n’est vraiment pas l’impression que l’on ressent à la visite du 6th Floor Museum, situé à l’exact étage de l’immeuble où Oswald, l’assassin, s’était planqué pour le sale boulot. Une constatation préalable : l’échelle du lieu du drame est beaucoup plus petite que dans l’imaginaire. L’immeuble au briques rouges n’est pas si haut, et le bout de chemin parcouru par le convoi présidentiel plutôt court, pour la partie visible depuis les fenêtres de l’entrepôt de livres.

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Vue de l’immeuble d’où les tirs sont partis, depuis le point d’impact

La visite, avec audiophone en français, va crescendo. Les premiers panneaux un peu trop laudatifs sur le président Kennedy cèdent graduellement la place à la tragédie. Depuis les fenêtres d’où les coups de feu furent tirés (pour être exact, depuis la fenêtre voisine, l’originale ayant été reconstituée telle que ce jour de 1963, entourée de cartons de livres) on observe le fameux virage brusque entre Houston Street et Elm Street, qui obligea la limousine à ralentir ; puis, sur Elm Street, des croix peintes à même le sol : l’endroit où les balles firent leur impact.

On observe avec intérêt la caméra de Zapruder, auteur de l’unique film de l’événement – je remarque que le film n’est lui-même pas projeté et que les images qui en sont tirées ne montrent pas les extraits les plus choquants, sans doute pour protéger les enfants.

La séquence passionnante de la fuite, de l’arrestation et de la mort d’Oswald (avec la fameuse image du tir de Jack Ruby) est racontée avec forces détails.

Le musée rappelle les différentes théories du complot, qui ont eu beaucoup de succès et semblent en relative désaffection de nos jours. Avec le recul, l’ouverture des archives et malgré de nombreuses enquêtes, aucun élément nouveau n’est apparu venant appuyer l’hypothèse maffieuse ou soviétique ; aussi rien ne semble aujourd’hui confirmer qu’il y a eu un quelconque complot. Les différentes aberrations que l’on a cru discerner dans la trajectoire des balles auraient finalement reçues une explication à peu près consensuelle – c’est en tout cas ce que l’on retient de ce qui est ici exposé.

Aussi, la plupart des spécialistes semblent à peu près d’accord pour reconnaître que le coupable était un seul homme, un pauvre type assoiffé de reconnaissance, un gars à côté de ses pompes et s’imaginant trouver une vie meilleure en URSS ; un pauvre type tué à son tour par un gars dans son genre qui croyait devenir un héros en débarrassant le pays d’une ordure.

Cette exposition très bien faite parvient à faire partager le choc de l’événement à ceux qui sont trop jeunes pour l’avoir découvert en son temps. Son plus grand défaut, sans doute, est de minorer les échecs de Kennedy (la Baie des Cochons, l’inertie devant la construction du Mur de Berlin), peut-être pour convaincre le monde que Dallas n’est plus la ville maudite qui n’aimait pas JFK et complice malgré elle de son assassinat.

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La croix blanche marque l’endroit de l’impact fatal sur Elm Street

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