Gunga Din

A une heure de Stovepipes Wells, au sortir de la Death Valley vers l’ouest, l’on visite à Lone Pine un musée du cinéma. Lieu très émouvant car en cet endroit ont été tournés des joyaux du cinéma classique. Nous avions déjà visité lors de précédents voyages Goulding’s Lodge, près de Monument Valley, endroit privilégié où John Wayne et John Ford ont créé plusieurs chefs d’œuvres ; et la petite ville de Kanab, dédiée aux productions moins prestigieuses, souvent des westerns de série B. Lone Pine est plus proche d’Hollywood, ce qui explique sans doute que la tradition de réaliser ici des tournages en extérieur ait perduré.

Il y a quelques semaines encore, le hasard voulut que je visionne une nouvelle fois Gunga Din, film avec Cary Grant réalisé en 1939 par Georges Stevens. Je n’avais aucune conscience que les déserts rocailleux où s’affrontaient soldats britanniques et Thugs féroces étaient californiens. Un grand film parmi toute une liste : Bad Day at Black Rock (Un homme est passé), avec Spencer Tracy, Les Trois Lanciers du Bengale, Le Fils du désert (où John Wayne traverse à pied la Vallée de la mort,un nourrisson au bras), A Star Is Born, et de nombreux westerns. Tous possèdent cette phrase lue tant de fois au générique, « Filmed on Location In Lone Pine », des mots qui jusqu’à maintenant n’évoquaient rien de bien particulier et prennent désormais tout leur relief.

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La visite du musée est passionnante avec ses affiches d’époque, les costumes des acteurs et de superbes automobiles des temps héroïques.

Mais le lieu est aussi agaçant, car il nous renvoie à la triste réalité du cinéma contemporain. Hélas, la liste des films plus récents tournés à Lone Pine n’ajoute rien à  gloire du 7e art : Star Trek Generations, Godzilla, Tremors, Iron Man, Django Unchained… Au mieux, avec de l’indulgence, c’est du divertissement sympathique, mais dans la plupart des cas, du pur navet dans sa confite navrance, des machins clipesques qui vous en mettent plein la vue en vous déchirant les tympans, produits de grande consommation ciblant le maudit troupeau de bouffeurs de pop-corn qui ont rendu les sorties au ciné invivables.

Où sont les Georges Stevens et John Ford d’aujourd’hui ? Qui sont de nos jours les réalisateurs capables de vous élever, sans recourir à des bestioles monstrueuses, à de la science-fiction pour ados attardés ou au kitsch du pseudo-western à la fois ultra-violent et bien-pensant ? L’esprit du rock, du fun et de la connivence démago a perverti cet art qui nous a tant donné. Définitivement ? On veut croire le contraire.

Le musée de Lone Pine nous place devant ce constat accablant. Le grand ciné tient d’un genre révolu, forcément ringard, anéanti par la loi monstrueuse du blockbuster.

 

 

 

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