Seuls chez les Navajos

Le matin à Chinle nous recevons un mail avec des nouvelles d’Europe. De très mauvaises nouvelles. Nous voulons utiliser nos portables mais aucun signal n’est disponible, sauf celui du wifi. Le téléphone de la chambre ne fonctionne pas.

« On ne peut passer que des appels locaux », me confirme d’un ton blasé la réceptionniste de l’hôtel. « Allez voir devant la cafétéria. Il y a des cabines ». Il y en a, en effet. Mais, quel que soit le nombre de pièces que l’on insère, impossible de joindre l’Europe. Une étiquette fatiguée explique pourquoi : on ne peut passer d’ici que des appels dans la région.

Nous prenons la voiture pour chercher, au jugé, un coin où nos portables capteront un réseau de téléphone. L’indicateur de signal reste désespérément vide. A une heure de route, voici la petite ville de Ganado. Toujours pas de signal disponible, mais il y a un bureau de poste. Nous nous y rendons en longeant un marché où des Indiens vendent de gros pneus. Bonne nouvelle, une cabine est adossée au bureau de poste. Pas d’étiquette restreignant la portée des appels ici, mais le problème est ailleurs. Aucune tonalité ne se fait entendre quand on décroche. A l’examen, l’appareil tient du marché aux puces, et n’a plus été utilisé depuis belle lurette. Il est recouvert de la poussière ocre du désert et une rouille sale a entrepris de le dévorer.

Nous examinons les réseaux captés par nos mobiles. Il y en a  pourtant deux, mais ils refusent l’accès à nos téléphones. Il s’agit probablement d’opérateurs spécifiques à la Nation Navajo, qui n’ont pas passé d’accord avec les grands réseaux nationaux.

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Un sens de l’indépendance qui ne nous surprend pas. Cette partie de l’Amérique est différente, a une histoire différente, et entend le montrer. Le téléphone ne permet de joindre que les habitants du coin. On ne vous aidera pas – le seul homme qui ait tenté de nous secourir, un cuisinier rondouillard parfait sosie de Roscoe « Fatty » Arbuckle, était, selon ses mots, « pas d’ici ». Les touristes sont tolérés, sans aucune démonstration d’enthousiasme. Le sourire est rare, les marques d’attention quasi inexistantes. Nous ne sommes pas « chez nous ». Ici, l’histoire a laissé une trace profonde.

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