La décision

Nous faisons le point à l’hôtel. Le temps passe et nous sommes dans l’urgence. Nous devons joindre la famille, l’assurance et Air France pour avancer le retour. Je consulte le site d’AT&T pour connaître leur zone de couverture, car je sais que cet opérateur offre l’accès à notre réseau. Nous sommes effectivement dans une zone blanche. Aucun espoir d’avoir du téléphone par ici, il faut s’éloigner de plusieurs centaines de kilomètres. Je pointe du doigt la ville de Flagstaff : là, nous pourrons téléphoner, en même temps que nous nous rapprocherons de l’Aéroport de Vegas.

Nous renonçons à la visite du Canyon de Chinle et à celle des mesas du territoire indien, ces gros pitons rocheux à sommet plat qui les ont fait nommer « table » en langue espagnole. Nous annulons la seconde nuit sur place, ainsi que celle qui devait suivre à Cameron post, entre les mesas et le Grand Canyon.

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Nouvelle longue route à travers l’Arizona. Plus que les autoroutes tentaculaires et leurs échangeurs à grande vitesse, c’est ici, sur ce ruban de bitume tout droit et ennuyeux malgré mesas et déserts doucement vallonnés, que l’on se sent le plus en danger. Le bétail est là, caché quelque part, mais c’est une sorte de chien à la démarche cauteleuse de renard qui traverse sous nos yeux la chaussée. Un cabot, dans ce coin perdu ? Mais non, c’est un coyote aux oreilles pointues. L’animal, tout fier d’avoir franchi l’obstacle sans encombre, se pose là dans le désert et observe la route d’un œil chafouin.

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Le pire reste la rectitude de cette route indienne, son cinémascope flamboyant où rien ne se passe, avec son effet hypnotique sur le conducteur conforté par le régulateur de vitesse immuablement figé sur 65, avachi plusieurs heures d’affilée sur un volant inutile.

Aux abords de Flagstaff, nos téléphones captent enfin le réseau. Nous prenons possession d’une chambre sur la Route 66 et de là nous pouvons joindre l’Europe.

Air France est aux abonnés absents. Pas moyen d’avoir un être humain au bout du fil. J’envoie un mail, mais la réponse automatique n’est pas encourageante :

«Nous avons bien reçu votre demande. Nos conseillers s’efforcent de la traiter dans les meilleurs délais, qui en raison des perturbations en cours, peuvent excéder les durées habituelles.»

Des perturbations en cours ? Je sais bien que c’est la France, mais quand même. Il y aurait encore des grèves à la compagnie nationale, des grèves sans dispositif de secours dans cette période intensive de vacances ?

J’appelle l’assurance. Elle ne m’aide pas. Le service compétent est fermé, et mon interlocuteur ne peut rien faire d’autre que de compatir. Il m’invite à rédiger la déclaration de sinistre par le site internet conçu à cette fin. Conçu, mais bien mal pensé : comment puis-je indiquer le montant de la somme engagée par notre retour précipité, en l’absence de réponse d’Air France ? Si nos billets peuvent être avancés, l’opération n’ira pas chercher loin. Mais si nous devons acheter nous-mêmes des allers simples pour la France, il faudra débourser autour de 10.000 euros. Impensable d’engager une telle somme sans la garantie d’un remboursement rapide.

Les démarches sont pénibles et prennent un temps précieux. A mesure des heures qui s’écoulent et de la non-réponse de nos partenaires de voyage, nous nous rendons compte qu’il nous sera impossible d’être de retour à temps. Il ne reste qu’une semaine en Amérique ; tristes et résignés, nous terminerons le séjour par ici.

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