L’Europe

Au fil du chemin qui nous ramène au foyer depuis l’aéroport parisien, je vois en bordure de la route une affiche contre l’abandon sauvage de déchets. Il y a une photo de dépotoir, légendée par cette question ingénue : « Imagineriez-vous ça chez vous ? »

Il faut croire que oui, vu l’état des bas-côtés aux alentours de Roissy. Je ne sais pas si ceux qui financent ces campagnes d’affichage étudient parfois l’efficacité de leurs annonces, où souffle l’esprit inspiré du guide des Bonnes manières de Nadine de Rothschild. Mais il est vrai que dans une métropole où frauder le bus et le métro se pratique ouvertement et sans scrupule, on n’est pas à ça près.

En Amérique aussi, il y a des annonces contre la pollution sauvage. Mais ni photo, ni question nunuche : un simple texte disant « no littering » (pas de déchets) et ce rappel de la loi : « l’amende est de 1000 dollars ». Une amende de près de 800 euros pour s’être débarrassé d’un papelard sur la voie publique ! Hasard ou pas, les voies de circulation sont d’une propreté impeccable. Voilà qui nous change : en Amérique, on ne rigole pas avec la loi.

Question élections présidentielles, en revanche, guère de différence : l’information politique aux Etats-unis ne semble pas être beaucoup plus intelligente que chez nous. Nous avons vécu – avant que les exploits aquatiques de Michael Phelps à Rio n’accaparent tous les médias – les campagnes républicaine et démocrate, au cours d’interminables conventions mêlant coups de menton, variétoche et embrassades, puis le début du décrochage de Trump et la curée des journalistes. Le candidat n’est peut-être pas exactement un modèle de dignité, c’est entendu, mais cela ne dispense pas le journaliste de faire son boulot. Trump a déclaré qu’Obama était à l’origine de l’Etat Islamique, avant de préciser que cette saillie était un « sarcasme ». Un sarcasme ne signifie pas un mensonge, mais en l’occurrence une façon outrancière de présenter une opinion pour mieux se faire entendre. A partir de là, un travail d’enquêteur digne de ce nom aurait consisté à examiner les rapports entre la politique étrangère des USA telle que définie dans le discours du Caire, en 2009, et la montée en puissance plus récente de l’organisation terroriste.

Il y a un lien, ou il n’y en a pas, je n’en sais rien, mais enfin, la question se pose : un président qui déclare en 2009 « L’islam ne fait pas partie du problème dans le combat contre la violence extrémiste, il a au contraire un rôle important à jouer dans la promotion de la paix » obéit sans doute à des impératifs de realpolitik, mais en ce faisant il énonce, jusqu’à preuve du contraire, une assertion démentie par les faits.

Ce président attaque, dans le même discours du Caire, les efforts occidentaux (et plus précisément français) pour combattre le communautarisme : « De même, il est important que les pays occidentaux évitent d’empêcher leurs citoyens musulmans de pratiquer leur religion comme ils l’entendent – par exemple en dictant la manière dont une musulmane doit s’habiller. On ne peut pas déguiser l’hostilité à l’égard d’une religion sous le couvert du libéralisme ». Comment peut-on à ce point ignorer la vérité d’une guerre que font les islamistes – pas seulement par la violence, mais aussi avec leurs coutumes, leurs vêtements, leurs revendications, bien au-delà du seul fait religieux – au monde libre, à moins de vouloir la perte de ce monde ?

Au mieux, c’est de l’aveuglement ; au pire, une conviction mortifère, qui place les lubies de quelques-uns plus haut que la loi commune.

Cette question, plus globalement, du rapport entre une politique « de détente » prônée par Obama et la croissance de l’Etat islamique n’a pas, à ma connaissance, été étudiée dans la presse, ne serait-ce que pour la réfuter. Ce silence est inquiétant, car il conforte un prêt-à-penser commode et faux. Trump est peut-être un horrible bonhomme, mais il n’a pas été légitimer le clan des Castro, ces bouchers des Caraïbes auprès de qui Pinochet n’était qu’un modeste bricoleur. Trump est certainement un sale type mal éduqué, mais il ne s’est pas amusé à faire un selfie rigolard avec une blonde lors de la cérémonie d’hommage à Mandela. Trump est sans doute un gars dangereux, mais le serait-il au point de signer un accord sur le nucléaire avec la sympathique République Islamique d’Iran, ce pays où fleurit l’olivier et s’épanouit sans trêve l’amour du genre humain ? Nul ne le saura, puisqu’un type formidable nommé Obama l’a déjà fait.

freedomisnotfree

Freedom Is Not Free (Williams, Arizona)

Je me rappelle une curieuse enseigne de magasin, à Williams dans l’Arizona, proclamant une évidence trop souvent oubliée : « Freedom is not free ». La liberté n’est pas une chose donnée, mais conquise, et ce combat doit être de chaque instant, loin du renoncement et des annonces d’apaisement factices du bon docteur Obama.

Nous sommes partis de France juste après une attaque de passagers d’un train en Bavière par un Afghan armé d’une hache. L’action a été revendiquée par l’Etat Islamique. Pendant notre séjour en Amérique, des islamistes ont perpétré un attentat-suicide à la bombe en Allemagne, égorgé un prêtre et tué un paroissien en France, agressé à la machette deux policières en Belgique, pour ne parler que de l’Europe. Charlie Hebdo a reçu de nouvelles menaces sérieuses suite à sa Une disant « Réforme de l’Islam. Musulmans, dé-coin-cez-vous » et illustrée d’un dessin féroce.

Puis, une violente bagarre a éclaté dans le tranquille village de Sisco – tout près de là où, enfant, je me rendais chaque été – semble-t-il provoquée par des membres de « familles maghrébines », comme disent les journaux, et pour des raisons communautaristes. Le maire PS a pris une décision légitime : interdire le burkini. Qu’il y  ait eu ou non en l’occurrence port d’un tel vêtement est une question secondaire : en rappelant la prédominance du bien commun sur une expression de l’extrémisme religieux, cette interdiction pose avec courage un symbole fort.

Du courage, il en fallait, car cette mesure était jusqu’alors considérée comme quasi fasciste par une gauche toujours empêtrée dans une idéologie archaïque. Il est heureux que Manuel Valls ait sauvé l’honneur de son camp politique en soutenant les maires ayant pris des arrêtés en ce sens. Le « burkini », a déclaré le Premier Ministre, n’est « pas compatible avec les valeurs de la France et de la République ».

Tiens, tiens. Des « valeurs de la République » ? Enfin un point commun entre Manuel Valls et Davy Crockett.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s