Chicago par ceux qui n’ont pas raté l’avion

La première nuit à Chicago est réservée dans un Hilton. Pas parce que c’est un Hilton, mais parce que le jeu des dispos et des promos en faisait l’hôtel le moins cher sur notre trajet. Endroit sans accroc particulier, chic, impersonnel et lisse comme la population de standing qui y loge. Le lendemain nous rejoignons d’un coup d’Uber notre lieu de villégiature pour 4 jours : des amis nous laissent leur maison au cœur du quartier résidentiel de Wilmette, au nord de Chicago.

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Wilmette

Nous découvrons un endroit où sont impeccablement alignées de vastes maisons, toutes différentes, sur un terrain de gazon parfait où porte l’ombrage d’arbres vénérables. Notre maison est grande, chic, connectée, accueillante et même intimidante dans son faste. Une très lointaine réminiscence me titille. Ce quartier résidentiel, ces villas confortables et luxueuses, je suis sûr de les avoir déjà vus.  C’était ce film, avec le gamin insupportable… comment s’appelait-il déjà ? La tête à claques se mesurait à des bandits bêtes et méchants dans Maman, j’ai raté l’avion. Vérification faite, bingo : notre quartier est bien celui où a été tourné Home alone, avec Macaulay Culkin dans le rôle (peut-être pas de composition) du gosse exaspérant. La maison originale n’est qu’à quelques centaines de mètres de la nôtre.

Mais Chicago n’est certainement pas la pire ville pour les tartes à la crème cinématographiques boursouflées. C’est certes la cité de la prohibition, d’Eliot Ness et des premières minutes de Certains l’aiment chaud. Mais son image ne s’impose pas à l’esprit aussi clairement que celle de New York. La Big Apple est sans doute plus chère au cœur des Français – peut-être parce qu’une habitude tenace nous fait penser cette dernière comme une cité européenne accidentellement située aux Amériques.

Le premier contact avec Chicago dévoile autre chose. Les buildings sont partout sans posséder cette allure oppressante qui écrase le visiteur de Manhattan. Peut-être parce que Chicago est resté une ville d’histoire, où la simple balade reste agréable ? New York, comme Paris, est une ville dure. On s’y bouscule, on s’y insulte. Se frayer un chemin est une lutte, qui offre la palme aux plus aguerris et aux plus mufles. Rien de tel à Chicago. La foule reste vivable, comme dans une bonne grosse ville de province qui vous dévoilerait ses charmes sans vouloir vous enfoncer dans le crâne que vous êtes au centre de l’univers (comme certains le vocifèrent à Time Square).

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Picasso à Chicago

L’on se rend bien vite compte à quel point Chicago est différente de New York. Ses gratte-ciel la rapprochent de sa voisine de l’Est, mais sa riverwalk « naturellement ceinte de buildings » évoque aussi bien Miami que San Antonio. Les souffles qui parcourent la « cité du vent » n’ont rien de ces bises glaçantes qui transpercent, même au cœur de l’été, San Francisco. Bien au contraire, en ce doux mois de juin ils caressent la peau comme le plus bienfaisant des zéphyrs. Une douceur de vivre que l’on ne s’attendait pas à trouver dans la ville du crime organisé marquée, pour nous lecteurs francophones, par les affrontements de Tintin avec Al Capone.

Sous le métro de ChicagoP1150928 (2)P1150762 (2)P1150997 (2)

La bouffe à Chicago : à en croire les guides, il existe ici deux spécialités à côté desquelles notre bon vieux cassoulet passerait comme une recommandation de Weight Watchers.

La première est la pizza à pâte épaisse. Pas vraiment une pizza en réalité, cette chose ronde et molle est une sorte de tarte massive que l’on a badigeonné de sauce tomate. Généreusement, avec conviction. C’est bon ? Plutôt ; pas fin, mais vu qu’on sent surtout le goût de la tomate, ça passe. Et finalement sans grand-chose à voir avec les « pizzas épaisses » que l’on trouve chez nous dans certaines chaînes de surgelés – qui, pour le coup, sont de véritables bombes caloriques.

La deuxième est un hot dog Chicago style. Autant le dire, ce n’est pas terrible, et, par-dessus le marché, pas si gras que ça (après tout, c’est une toute petite saucisse dans du pain caoutchouteux, pas de quoi rassasier Bérurier). Mais c’est l’endroit qui mérite la visite. Le Portillo’s est voulu comme une sorte de foire joyeuse où l’on viendra vous prendre la commande directement dans la file d’attente, pour la noter sur la poche en papier ; ce graffiti permettra à la caisse de vous facturer, en échange d’un numéro. Il vous reste à attendre que votre numéro soit hurlé pour récupérer votre commande que l’on glissera avec forces exclamations dans le sachet.

Ça bouge, c’est gai et bon enfant. L’on vient ici en famille, en célibataire ou en sortant du boulot. Parmi nos voisins se trouvaient deux flics en grand uniforme, colt et walkie-talkie à la ceinture, venus chercher ici réconfort et calories après quelque course-poursuite dans Little Italy. On mange avec les doigts à même la table, que l’on prendra grand soin de nettoyer avant de prendre congé. Le Portillo’s (ou devrait-on écrire Bordello’s) déconcerte, exaspère et comble le visiteur ingénu, avec ses hurlements, sa musique, sa déco invraisemblable et son organisation somme toute réglée au millimètre. Et qu’importe si les hot dogs n’en valent pas la peine : ils ne sont qu’un prétexte à goûter un peu cet étonnant tourbillon de cris, de rires et de plaisanteries qui cache une entreprise d’une redoutable efficacité.

 

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