Saint Louis, Missouri

springfield-cahokia

Saint Louis, dans le Missouri, offre un contraste flagrant avec la chic Springfield. Pour la première fois depuis le début du séjour, j’entends klaxonner. Mauvais présage : si l’avertisseur sonore fait partie de la routine dans certains pays, en Amérique il dénote une nervosité de mauvais aloi. Les rues n’offrent guère de pimpant, et un fatras de travaux publics finissent de gâcher le tableau. A force de détours, notre GPS nous égare dans un quartier peuplé d’une foule interlope – du moins est-ce notre impression.

Un colline qui cache un peuple

Un colline qui cache un peuple

Heureusement, Saint Louis n’est qu’une étape. Elle possède néanmoins, sur le papier, quelques mérites. A quelques kilomètres au nord-est se trouvent les vestiges d’une immense cité amérindienne, Cahokia Mounds, fondée par une civilisation quasi inconnue. Faute de mieux, on a nommé ses habitants les Misissippiens. Cette société a pourtant habité ici plusieurs siècles, bâtissant même une gigantesque pyramide qu’un millénaire a recouvert de nature. Ce que le visiteur moyen prendrait pour une colline cache un édifice cyclopéen haut de 30 mètres à la base plus large que celle de la grande pyramide de Khéops. Il fallait de l’art et de la technique pour édifier pareil monument – pourtant le peuple des Mississippiens devait être enfoui par les sables du temps.

L'arche de Saint-Louis

L’arche de Saint-Louis

Infiniment plus contemporaine, la grande arche de Saint Louis veut symboliser le passage vers l’Ouest. Sa courbe hyperbolique surplombe le fleuve Mississippi d’environ 200 mètres. Impressionnant, réussi, épuré, je veux bien, mais froid. Ce genre d’exploit architectural peine à toucher l’âme.

Sous l'arche

Sous l’arche

Nous aurions voulu monter au sommet en empruntant une « cabine sur rail », mais cela fut impossible. Tous les billets ont été vendus pour les deux jours à venir. Un guichetier abruti de sommeil nous explique entre deux bâillements que les réservations ont afflué en masse pour la préparation du 4 juillet. Dommage pour le panorama sur la région qui, dit-on, est exceptionnel.

Le musée Scott Joplin

Le musée Scott Joplin

Une dernière chose m’attire à Saint Louis : le musée Scott Joplin, dédié à la mémoire de ce pianiste afro-américain pionnier du ragtime dès la fin du XIXe siècle. Tout le monde connaît la musique du film l’Arnaque : elle est de lui. Nous visitons la maison où il habita quelques années. Mais le clou de la visite est l’écoute, sur un piano mécanique, de bandes perforées reproduisant le jeu de Scott Joplin en personne. Le guide (un véritable mordu depuis l’âge de 7 ans) donne l’énergie au piano en appuyant sur des pédales, la bande se déroule et les touches se mettent à jouer toutes seules, comme si le fantôme du compositeur s’était assis sur le tabouret pour un récital venu de l’au-delà. Maple Leaf Rag, commente le guide, fut un grand succès, quoiqu’il s’agisse d’une sorte de pot-pourri de séquences charmantes mais sans lien entre elles (un reproche que formulera aussi Leonard Bernstein à l’encontre de la Rhapsody in Blue). Avec The Entertainer c’est tout-à-fait autre chose ; chaque séquence fait entendre quelque chose de la suivante, si bien que cette pièce s’avère mieux construite et véritablement digne d’intérêt. Même si je devine la réponse, je demande si Scott Joplin connaissait Antonín Dvořák. « Tous deux étaient à l’exposition de Chicago en 1893, me dit-il. Mais à cette époque Joplin était, selon ce que nous savons, un chanteur se produisant au sein d’un groupe (Dvořák n’aurait donc pas entendu Joplin jouer du piano). Il paraît cependant très vraisemblable que l’opinion de Dvořák sur la valeur des musiques afro-américaines influencèrent Joplin. Au fil du temps, ses compositions font davantage appel à cet héritage ». Sa réponse confirme ce que j’avais déjà lu par ailleurs, seule l’évolution de l’inspiration de Joplin me surprend un peu.

Piano mécanique et bande perforée

Piano mécanique et bande perforée

Nous prenons la voiture pour rejoindre notre location Airbnb. C’est une superbe villa dans un quartier résidentiel. Superbe, mais vide : je sonne en vain, quand soudain une voix retentit à l’interphone. Le propriétaire, connecté via son smartphone, me donne le code et nous entrons dans la maison. Un petit bouledogue me saute au visage en essayant de me lécher. Un chien plus gros, dans le séjour, est emprisonné dans une cage et fait un raffut de tous les diables pour que je vienne le délivrer. Au milieu des aboiements, je me rends à l’étage où se trouve notre chambre, même si je n’ai pas compris exactement où. J’ouvre au jugé l’une des portes : un autre chien encagé se met à hurler comme un démon quand il m’aperçoit. Bon, ce n’est pas notre chambre. Je finis par la trouver : c’est la seule qui soit ordonnée, et dans laquelle aucun cerbère ne monte la garde.

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