Memphis, du gospel à Martin Luther King

Après une Nashville plutôt miteuse, Memphis séduit le visiteur par une discrète et joyeuse exubérance. Le quartier où nous logeons, près de Central Gardens, est formé par des chapelets de vastes villas parfois centenaires flanquées de restos où des jeunes font la liesse. Le chant des grillons, le soir tombé, est assourdissant. A quelques minutes du cœur de la ville !

Cette belle image cache une réalité plus sordide. Cette métropole est en fait l’une des plus dangereuses de tout le pays.  L’on se rend assez vite compte que son centre est désert. Seule la Beale Street s’anime le soir, accueillant alors tous les noceurs du coin. La fête semble facilement déborder, à voir le nombre de policiers massés à proximité.

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Que faire un dimanche matin à Memphis ? Aller à la messe, pardi ! Mais pas n’importe quelle messe. Celle du Full Gospel Tabernacle est animée par le révérend père Al Green en personne. Cette ancienne vedette du soul des années 70 a embrassé les ordres tout en continuant à exercer son art. Le service de 11h30 tient dès lors du véritable spectacle. Un choeur swingue le nom de Jésus sur les riffs d’une poignée de musiciens. Dans le public, des dames portant des chapeaux invraisemblables agitent les bras, se prosternent, hurlent leur joie. On se trémousse sans aucune gêne en criant sa foi. La communion avec Dieu se fait ici dans une transe impétueuse. On vient en famille, et quand un bambin se met à chouiner, Al Green stoppe son prêche pour lancer un mot qui régale la salle. L’ambiance est si folle que je me prends à rigoler avec les autres, sans n’avoir rien compris à la blague.

Hallelujah !

Hallelujah !

Al Green parle de Jésus, du péché, de la tentation, des green pastures. Il s’avance, la main vers les cieux, et lance une série d’amen prononcés éémen auxquels la salle répond en cadence. Il esquisse un song, s’interrompt, éclate de rire, tance les musiciens, reprend son prêche. Les fidèles sont conquis. Du grand art.

Quand vient le moment de la quête, le prêtre demande à chaque étranger d’où il vient et fait acclamer son pays. Bonne nouvelle, la vieille France l’emporte à l’applaudimètre.

Souls of Memphis

Souls of Memphis

J’échange quelques mots avec des dames patronnesses. Elle me demandent si j’ai vu le tableau qui orne le fond de l’église. Oui, cet étrange dessin présentant des âmes s’envolant vers Jésus m’avait intrigué. « C’est comme dans ce film, là, vous savez… » Je réponds que je ne comprends pas de quel film il s’agit. « Un film où les esprits s’envolent vers le ciel… voyons… » Je n’en saurai pas plus. Sans doute une grosse production américaine, mais laquelle ? Ghost peut-être ?

Je fais remarquer qu’un avion s’écrase sur une des tours de Memphis. « Oui ! oui ! Mais le peintre l’a dessiné avant ! » Elle ne prononce pas « le 11 septembre ». Elle dit simplement « avant ». « Ah oui ? mais c’est extraordinaire ! » « C’est l’inspiration », me répond-on dans un large sourire, en pointant le doigt vers le ciel.

Discussions d'après-messe

Discussions d’après-messe

Memphis, bien entendu, c’est aussi « la » ville de Martin Luther King, assassiné au Lorraine Motel. Le Musée des droits civiques reproduit la façade de ce sinistre logis – l’on ne comprend pas bien pourquoi tout d’abord, mais tout s’éclaire lorsque la visite traverse la rue pour présenter le lieu d’où le tireur a agi. Là, l’on aperçoit la chambre où King est mort, de l’endroit même où le tueur a appuyé sur la détente.

I have a dream - MLK

I have a dream – MLK

Car cette visite est en deux parties, à vrai dire fort contrastées. La première rappelle l’histoire de l’esclavage (très bien présentée) mais dévie insensiblement sur des considérations victimaires qui mettent mal à l’aise. Ce « nous » contre « vous » rappelle les prises de position de mouvements comme les Indigènes de la République. L’exposition reste malgré tout une réussite très évocatrice des années sombres dans le pays, et d’une situation qui reste préoccupante. La seconde partie, de l’autre côté de la rue, est beaucoup plus objective en faisant partager les circonstances de l’assassinat, l’arrestation du suspect et les doutes, toujours actuels, sur l’existence d’une conspiration plus large. Impossible de ne pas penser à une réplique, réussie mais moins aboutie, du Sixth Floor Museum de Dallas consacré à la mort de JFK.

Fresque à proximité du National Civil Rights Museum, Memphis

Fresque à proximité du National Civil Rights Museum, Memphis

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