Clichés du Mississippi

Memphis, Greenville, Vicksburg

Memphis, Greenville, Vicksburg

Mississippi. Ce nom impose à la mémoire des souvenirs sans âge. La prudence de bateaux à aube aux abords des hauts-fonds, suspendus au cri des mousses veillant la profondeur. Sur la passerelle, des dames élégantes aux larges ombrelles et des gentlemen en hauts-de-forme contemplent le quai où s’entasse le coton. Assis sur un ponton, quelque gamin en salopette arrache à un banjo aigrelet des songs de Stephen Foster. Un paradis perverti par le péché originel de l’esclavage, où maraudent sans relâche des alligators.

La pause

La pause

Ces images me hantent au fil de notre chemin plein sud quand l’Amérique se relâche. L’air se fait moite et le climat quasi tropical. Les habitants sont plus négligés, les villes ont perdu leur lustre. De grands panneaux publicitaires annoncent des églises immaculées qui s’échinent à doter ces faubourgs d’une âme.

Vague mortelle

Vague mortelle

Greenville est une escale pour bateaux de croisière. On pense trouver ici du clinquant. Las, le fleuve lèche une esplanade déserte en pente douce. De gros poissons ont été déposés là par les vaguelettes, la bouche grande ouverte dans un ultime effort pour vivre encore. Aucun navire ne croise à l’horizon.

Adieu Greenville

Adieu Greenville

Cette escale est figée dans le désuet. Un édifice imposant aux larges colonnades pourrit dans la touffeur. Le Musée de l’inondation de 1927 reste obstinément clos.

Closed

Closed

Nous lions connaissance avec un patron de resto. C’est un Blanc. Il vient de New-York, la nordiste. « Il n’y a rien à voir par ici. C’est trop pauvre. Allez donc à la Nouvelle-Orléans. Là-bas, les gens s’amusent sans façon, dans la rue. C’est quand même autre chose ». Il nous parle de 1803, quand Napoléon céda la Louisiane. « C’était à Jefferson. Ou bien Monroe ? » Je m’étonne de trouver de la culture historique chez un interlocuteur de passage. Mais il est vrai que New-York, pour reprendre le cliché, ce n’est pas vraiment l’Amérique.

Il est joyeux et dérouté de trouver des Français dans ce coin déshérité. « J’ai de la famille en Sicile et en France. Elle a quitté la Tunisie après l’indépendance ». Il nous parle avec émotion d’un parent lointain établi à Montpellier, trouvé récemment grâce à Facebook. Pourquoi ne pas venir visiter la France ? « Ici on n’a pas autant de vacances que vous. C’est un autre système. Bien sûr, je pourrais, je n’ai jamais visité l’Europe. Mais bon… »

Ce type volubile et un peu étrange affiche une bouille à la Guy Bedos. Son hésitation permanente entre deux formulations honore son sens du scrupule et le rend sympathique. Peut-être le reverrons-nous un jour à Paris.

Publicités

Une réflexion sur “Clichés du Mississippi

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s