Du zarico à l’USS Kidd

Le « village Acadien » de Lafayette veut faire partager l’existence des Cajuns, ou plutôt son image idéale figée dans l’imaginaire. C’est bien fait, joli, acueillant, mais cette exhibition de maisons historiques possède un défaut : elle rappelle trop l’Europe. Ce qui doit être une expérience exotique pour l’Américain moyen n’est pour nous qu’un reflet de nos vieux villages.

Au son du zarico

Au son du zarico

Seule l’école réserve une surprise. Un violoniste nous reçoit au son d’un zarico, cette musique traditionnelle tirant, dit-on, son nom du morceau « les haricots ne sont pas salés ». L’homme en habit traditionnel enchaîne sur un discours intarissable. Hélas, nous ne comprenons pas la moitié de ce qu’il profère. On croirait entendre Jerry Lewis imitant le parler français. Seuls quelques termes nous permettent de comprendre le thème de l’exposé : créole, wolof, coton, zarico. Il a posé sur la table un livre retraçant l’histoire de Ouidah, l’un des plus grands ports d’embarquement des esclaves en Afrique. Se souvenant que nous sommes le 14 juillet, le violoniste-conteur s’interrompt et lance un « joyeux jour de la Bastille ! ».

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L’école reconstituée veut rappeler l’assimilation imposée par les Américains, « comme les Français l’ont fait avec les Bretons », souligne le narrateur pour une fois intelligible. La scène se veut éloquente :  une imposante bannière étoilée surplombe un tableau noir, sur lequel un Bart Simpson cajun a recopié 100 fois « I will not speak French ».

Nous quittons Lafayette le lendemain. Embrassades avec Betsy, notre hôtesse AirBnb, qui nous a accueillis avec mille attentions dans une belle suite d’une vénérable maison familiale. Etape à Baton Rouge. L’accent circonflexe est oublié depuis longtemps, preuve que les Américains étaient en avance même sur notre réforme de l’orthographe.

Destroyer USS Kidd

Destroyer USS Kidd sur le Mississippi à Baton Rouge

L’USS Kidd est un contre-torpilleur (destroyer) de légende, impliqué dans la campagne de Pacifique et notamment Tarawa, l’atoll sanglant. Il survécut à l’impact d’un kamikaze. Une plaque commémore l’emplacement du choc qui tua 38 hommes d’équipage et en blessa plusieurs dizaines.

Le navire fut rappelé pour la guerre de Corée et représenta une pièce maîtresse de l’armada envoyée fin 1961 au large de Santo Domingo pour faire plier – avec quelque succès – la junte fasciste héritière de Trujillo. Mario Vargas Llosa parle de cette démonstration de force dans son extraordinaire roman La Fête au Bouc.

Le vieux destroyer a été conservé en l’état. On pourrait se croire sur le pied de guerre, avec ces casques de combat sur le point d’être revêtus et les posters de pin-ups éclairés par la lumière rouge de l’état d’alerte. La visite se fait au son de succès d’époque et l’on reconnaît avec délices la close harmony des fabuleuses Andrews Sisters. La collection d’armes lourdes et de munitions prêtes à détonner donne le frisson. Je termine la visite quand une sirène retentit, comme aux temps héroïques. « Évacuation immédiate ! Tout le monde à terre ! » L’ordre claironné par des vétérans n’appelle aucune réplique. Que se passe-t-il ? Un sous-marin japonais aurait-il été détecté dans les eaux placides du Mississippi ?

Corsair près de l'USS Kidd

Corsair près de l’USS Kidd

« Le temps tourne à l’orage. Ce n’est pas prudent d’avoir des touristes à bord, on ferme le destroyer ». A terre, je contemple un chasseur Corsair paré pour une mission meurtrière, à côté d’un mémorial aux Américains morts au Vietnam. Je remarque une nouvelle fois le slogan « Freedom in not free ». Serait-ce une devise militaire ? Je n’en sais fichtre rien.

Je reprends le volant quand des grosses gouttes frappent le pare-brise, en prélude à une nouvelle averse torrentielle.

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