Gare au Routard

Lire le Routard me fait l’effet d’entendre un oncle baroudeur et versé dans l’emphase me narrer ses pérégrinations chez ses potes du monde. Oh, on sent bien qu’il a abusé du VAT 69 et que ses tuyaux ne sont pas de toute première fraîcheur, qu’il brode çà et là et qu’il perd les pédales dès qu’il s’agit d’histoire ou de culture – sauf de contre-culture, bien entendu. On se doute que ce vétéran de mai 68 nous refourgue entre deux séances de fumette un récit revu et corrigé en accord avec sa vision du monde. Son accoutrement bigarré laisse entrevoir la couverture du Voyage à motocyclette de Che Guevara, et son discours entremêle références à Camus, Mao, Kerouac ou Le Clézio, au service d’un idéal où tous les potes de la Terre doivent se tendre la main. Oui, le Routard au regard clair posé sur l’horizon lointain de la fraternité universelle sait qu’il peut compter sur l’hospitalité de « l’étranger superbe à la démarche ailée et aux lèvres tendrement closes », à moins qu’il ne se prenne un coup de pied au cul et finisse à l’hôtel.

Qu’importe ! Le Guide tout à son apostolat aligne superlatifs, tics et trucs de narration et use sans façon d’un parler relâché pour nous rappeler qu’on reste potes. Il vomit l’islamophobie, chérit la diversité et, comme dans les plus belles chansons d’Enrico Macias, ne perd pas une occasion d’asséner que la guerre et le racisme, c’est mal.

Bon, on l’aime bien quand même, ce compagnon un peu borné dont on a appris à connaître les travers.

Le café qui se fout du monde

Le café qui se fout du monde

Mais il est des jours où on a vraiment envie de baffer Tonton-Routard, ce petit bouquin tout de même facturé 14 euros et 95 centimes. Je me fais la réflexion au Café du Monde de la Nouvelle Orléans. « Ambiance bourdonnante sous les vastes arcades de ce vieux café au store rayé vert et blanc », proclame le best-seller du livre de potes. Tu parles ! Faut avoir éclusé la cuvée Maya l’Abeille pour trouver ce coin bourdonnant. La vérité est qu’on ingurgite dans cette halle tintamarresque de vulgaires beignets arrosés d’un café-chicorée ni fait ni à faire. Quelle idée d’inciter nos compatriotes à piétiner dans une queue interminable pour finir autour d’une poignée d’étouffe-chrétiens prosaïques, balancés par un serveur mal embouché après une nouvelle attente démesurée.

Le retour des Tigres Volants

Le retour des Tigres Volants

Il y a mieux à faire dans cette ville, comme explorer le grand musée consacré à la deuxième guerre mondiale. L’expérience est ahurissante tant les mises en scène sont réussies et en accord avec la vérité historique. Bon, il s’agit quand même du conflit vu à travers les engagements américains, on n’y trouvera pas d’exposé par exemple sur les exploits du général de Lattre de Tassigny au fil de la Vallée du Rhône puis dans la campagne Rhin et Danube.

Le premier étage rappelle combien la bataille du Pacifique était à deux doigts d’échouer et que la décision même à Midway est longtemps restée incertaine. Les douloureuses campagnes parallèles de reconquête d’île en île de Nimitz et MacArthur sont expliquées dans le détail, et le musée place le visiteur dans le contexte terrifiant qui allait forcer la décision d’employer la force atomique.

Evidemment, le Routard, en porte-étendard émérite du politiquement correct, trouve le moyen de verser une larme sur les villes japonaises en flammes sans s’émouvoir une seconde sur les millions de morts causés par l’Empire du Levant. On aimerait rappeler que les crimes japonais pèsent bien, au bas mot, 80 bombardements d’Hiroshima, et qu’un ravi en vadrouille en Extrême-Orient aurait eu toutes les chances d’être, selon les circonstances, disséqué vivant, gazé, raccourci au sabre, en tout cas exterminé et éventuellement dévoré.

La photo de la capitulation signée sur l’USS Missouri dans la Baie de Tokyo nous rappelle que le général Leclerc représentait notre pays. On rigole sous cape de l’erreur des Yankees. Faut croire que les Américains, bien peu informés sur la vérité du conflit, ignoraient alors que la France avait organisé la rafle du Vel d’Hiv.

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