Jets 7

L’image de Seattle a beau être floue, deux choses, au moins, nous rappellent de temps à autre que cette ville existe. La première, c’est une drôle de tour, vestige d’une exposition universelle, la Space Needle (aiguille de l’espace) dont le sommet a la forme d’une soucoupe volante. Oui, dans les années 1950-60, la mode était aux OVNI, et ce building voué la modernité se devait d’adopter le folklore ambiant. Depuis lors, impossible d’échapper à l’image de la Space Needle à la moindre évocation de la ville, quand bien même la vague des extra-terrestres a pris un sacré coup de vieux – il est vrai qu’on serait bien en peine de trouver une autre icône pour identifier cette cité.

Dans les rues de Seattle

Dans les rues de Seattle

Aucune sauf, peut-être, celle de Boeing. Il faut prendre la voiture une petite heure vers le nord pour trouver les gigantesques entrepôts où les avions sont assemblés. L’usine se visite, mais en mode captif, au sein d’un groupe étroitement surveillé. Tout moyen de communication ou de prise de vues est proscrit. Et pas question non plus de flâner entre les structures de 787 en cours d’assemblage. La contemplation se fait de loin, depuis une passerelle courant sur la largeur du bâtiment. Belle largeur, il faut bien le dire : un demi-kilomètre, permettant à cette usine d’être l’une des plus grandes au monde (voire la plus grande), haute de plusieurs étages et d’une longueur telle que Disneyland de Floride pourrait y loger, nous dit-on avec fierté (et une certaine orientation dans les références).

L'entrée de l'exposition Boeing

L’entrée de l’exposition Boeing

C’est immense, mais c’est vide. Je connais cette impression tenace, et aux effets pervers sur le bien-être de maints employés : la vastitude des lieux est telle qu’on éprouve un malaise devant cette activité intense et insaisissable. La même illusion frappe en Europe le visiteur occasionnel d’usines modernes, décontenancé par un calme apparent en parfaite contradiction avec les exigences de production. Il faut se faire violence pour accepter l’idée de cette machinerie immense où l’homme est ramené à son insignifiance.

Les usines Boeing au nord de Seattle

Les usines Boeing au nord de Seattle

Nous voyons donc, de loin, des long-courriers en cours d’assemblage pour différentes compagnies. Pas moins de cinq modèles sont alignés sur le sol en contrebas de notre passerelle. Tous ces avions seront livrés sans les sièges, qu’il appartiendra à chaque compagnie d’ajouter. Les cargos sont identifiables à l’absence de hublots. Boeing n’assure pas la livraison. Chaque compagnie doit envoyer un pilote pour prendre possession de l’appareil mais, nous assure notre guide, Boeing offre à cette occasion un tiers du carburant. Je n’ose penser à la facture des deux tiers restants.

Tout ici est motif de fierté. « On livre six avions par mois, quand d’autres sont capables d’en fournir 6 par an ». La fibre de carbone permettra de réaliser des appareils toujours plus légers et performants. La comparaison avec Airbus n’est jamais faite, même si je verrai à la boutique souvenir des modèles réduits de l’avion européen, mais systématiquement plus chers que ceux de Boeing. Mais il existe une différence entre les deux avionneurs : Boeing ne se contente pas de fabriquer des avions civils. Quelques-uns des plus célèbres bombardiers du XXe sont sortis d’ici, et la grande firme reste un acteur important de la conquête spatiale.

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