Olympe et chaos

Les premiers Européens venus s’installer sur ce continent se voyaient, paraît-il, comme les descendants spirituels des Troyens fuyant les hostilités. De là, peut-être, les multiples allusions à l’Antiquité, maisons blanches à larges colonnades, Parthénon de Nashville et cette volonté chère aux Pères Fondateurs de créer une nouvelle Rome. On peut penser que cette même filiation a inspiré le baptême de cette région côtière à l’extrême nord-ouest du pays sous le nom de « Péninsule Olympique » ; un choix logique si l’on songe que le pic culminant du lieu est le Mont Olympe.

Le Pacifique à Rialto Beach, Péninsule Olympique

Le Pacifique à Rialto Beach, Péninsule Olympique

L’endroit est touristique, mais surtout pour les Américains. Pour nous autres qui venons de l’autre bord de l’Atlantique, les paysages rappelleraient trop l’Europe. C’est en partie exact : on vient dans ce continent pour ce qu’il est capable d’offrir de différent et non pour contempler des paysages alpins ou recouverts de forêts épaisses.

La région n’en reste pas moins étonnante, même pour les ressortissants du Vieux Monde. Les immenses étendues de conifères sont plus impénétrables encore qu’en Forêt Noire, les arbres s’étendent plus haut vers le ciel, et les ténèbres qu’ils imposent à la terre où ils croissent renforcent le sentiment d’étrangeté. A la plage du Rialto, un grondement continu accroche l’oreille. Le Pacifique, dans toute sa puissance, vient briser sa houle sur une côte aux dessins spectaculaires. La mer est hérissée de rochers où poussent contre toute raison des arbres battus par vents et marées. Une mer à l’image de la péninsule, guère hospitalière sans pour autant être déplaisante. Un endroit ténu entre chaleur écrasante et souffles glacés.

La série nommée Twilight – que je n’ai pas lue – se passerait dans cet endroit. Sans juger de la qualité de cette histoire de vampires pour ados, je dois reconnaître que l’endroit est bien choisi, pour son ambivalence où la beauté se joint curieusement à un inconfort subtil mais constant.

Route autour de la Péninsule Olympique puis vers le sud vers le mont St. Helens

Route autour de la Péninsule Olympique puis vers le sud vers le mont St. Helens

A trois heures de route, plus au sud, se trouve un endroit autrement plus célèbre. En 1980, une montagne explosa, et aujourd’hui on en contemple le gigantesque cratère là où se dessinait un triangle presque parfait. Le Mont St Helens avait fini par s’effondrer sous la poussée de forces cyclopéennes. Les nuées ardentes qui jaillirent alors atteignirent, dit-on, le mur du son. Des forêts furent réduites en cendres et des troncs par milliers furent couchés. On en voit encore aujourd’hui les reliques blafardes. Un lac disparut, transformé en une vague de presque 200 mètres de haut.

Vestiges d'arbres calcinés autour du mont St. Helens

Vestiges d’arbres calcinés autour du mont St. Helens

Cette mortelle tourmente fut suivi par une autre explosion. La vie reprit à cet endroit avec une vigueur décuplée. Le documentaire projeté au Johnston Ridge Observatory, au terme d’un chemin sans issue dédié à la montagne devenue volcan, met l’accent sur cette admirable renaissance. C’est bien le moins pour une nation puisant une part de son imaginaire dans l’adoration toute hellénistique du cosmos.

La route menant à l'observatoire du mont St. Helens (Mount St. Helens National Volcanic Monument)

La route menant à l’observatoire du mont St. Helens (Mount St. Helens National Volcanic Monument)

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