Choc à Toppenish

Yakima, Wapato, Toppenish… Qui donc irait faire du tourisme dans ces villes de l’Amérique profonde, si loin de la route des voyageurs ? Seul le hasard nous mène ici. De simples étapes utilitaires après la contemplation du Mont St. Helens et la White Pass, dans l’attente du Montana.

Toppenish et sa région

Toppenish et sa région

Et pourtant, Toppenish n’est pas sans charme. Son centre ville a tout de la cité pionnière des légendes. On s’étonne presque de l’absence d’abreuvoir pour les chevaux devant boutiques en bois et échoppes de barbiers.

Rue de Toppenish

Rue de Toppenish

De larges fresques historiques décorent les murs de la cité. La région, il est vrai, a un passé compliqué. Une guerre fut déclenchée, comme bien des guerres, par un enchaînement de sottises, qui ne sont pourtant que la manifestation tangible de tendances profondes. Des chercheurs d’or sans foi ni loi vinrent prospecter sur la terre des tribus. Deux d’entre eux violèrent une Indienne ; ils furent exterminés. Un inspecteur des Affaires Indiennes vint enquêter et engagea les discussions avec les natifs. Alors qu’il mangeait parmi eux, un chef tribal surgit et lui mit un couteau sous la gorge. « Je suis venu en paix », dit l’Américain. Peine perdue : le chef l’égorgea. Une expédition punitive fut montée ; ainsi commença la guerre Yakima. Elle dura trois ans, de 1855 à 1858, avec son lot de massacres de part et d’autre. Les vaincus furent confinés dans une réserve.

 

Un Chinois mexicain. Fallait y penser !

Un Chinois mexicain. Fallait y penser !

C’est ce même territoire, très officiellement indien, où nous logeons aujourd’hui. Le terme de « réserve », suggérant Thoiry, est trompeur : aucun barbelé ne vient délimiter l’endroit, qui n’est défini que par une pancarte neutre à l’orée de la ville, sans que nul autre détail ne puisse éclairer le visiteur non averti.

Mais ce n’est pas l’histoire indienne qui imprègne le lieu. Partout, dans la rue, au magasin, on est frappé par la présence latino-américaine. Au Walmart, le Carrefour américain, l’affichage dans les deux langues est la règle. Même chose à la boutique de fringues ou dans les restos. Des télévisions et radios locales émettent exclusivement en langue espagnole. Comment ! Ici, dans cet Etat de Washington frontalier du Canada, l’immigration hispanique a une telle importance ? Que les Etats du sud soient mêlés de Latino-Américains et que l’espagnol y soit pratiqué comme langue usuelle au même plan que l’anglais n’est pas choquant, et le fait possède une indéniable facette sympathique pour ceux qui, comme moi, ont tant d’affection pour le monde ibéro-américain, sa littérature, sa musique, sa cuisine et ses ressortissants. Mais ici, le constat déconcerte. On se demande par quel mystère une si forte proportion de Latinos a pu venir s’installer si loin au nord, former communauté et bénéficier d’une telle reconnaissance culturelle et linguistique.

Peut-être faut-il voir dans ce phénomène une explication du vote Trump. L’Etat de Washington a certes choisi Hillary Clinton : on peut se demander à quel point le clientélisme a joué dans ce choix, les Latino-Américains votant très majoritairement Démocrate. Alors, on ne peut s’empêcher de songer aux analyses explosives de Samuel Huntington, l’auteur du Choc des civilisations et de Qui sommes-nous ? L’auteur parle de l’inconciliabilité des civilisations ; la latino-américaine prendrait le pas sur la nord-américaine, dans un mécanisme séparatiste qui vouerait à l’échec tout effort pour permettre une existence partagée dans un espace commun. Les Américains craindraient-ils, comme d’autres avant eux, d’être confinés dans des réserves, fussent-elles symboliques, au sein de leur propre pays ?

L'avenir ?

L’avenir ?

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