Au-dessus du volcan

L’accumulation de beautés naturelles ne finit-elle pas par lasser ? Après tant de gorges encaissées, parcourues ou non par des flots vifs, de cascades sèches ou humides, de déserts rocailleux, gorgés de soleil, recouverts de forêts pétrifiées ou de cactus imprécateurs, quel genre de panorama peut-il encore flatter le regard et l’âme ?

Yellowstone depuis Sheridan, Montana

Yellowstone depuis Sheridan, Montana

La réponse se trouve à Yellowstone. Jadis, un volcan s’y effondra sous son propre poids. Désormais le magma affleure sous une mince couche de terre. De là des phénomènes hors du commun, que jamais le regard d’un homme n’était censé contempler. Des jets sulfureux surgissent de terre, de façon imprévisible ou suivant un agenda scrupuleux. De simples prairies où des chaudrons bouillonnants exhalent des bouffées de gaz. Des marmites de boue débordent de coulées ocres ou jaunâtres. Des théories de fumerolles vous entourent comme l’on fait naguère les flammèches autour du chasseur maudit. C’est à la fois le Pic de Dante, Stromboli et cramé contre cramé.

ça bout de souffle

ça bout de souffle

Domaine de l'ocre

Domaine de l’ocre

Visiter cette cuisine du Diable n’est pas sans risque. Les sentiers sont posés sur des passerelles de bois, sans quoi le pied risquerait de s’enfoncer dans un torrent de lave. Se baigner dans certains lacs, c’est envisager un destin de homard. Il arriva qu’un intrépide voulût observer de près ce combat des quatre éléments. De cet Empédocle de week-end, on ne retrouva guère qu’une tong abandonnée au bord d’un cratère irradiant un azur irréfutable. L’acide avait fait le reste, et Yellowstone digéré celui qui osa défier la nature.

 

L’une de mes histoires préférées est celle d’une simple mare d’eau chaude, que voulurent exploiter des hommes au début du XXe siècle. Comment résister à l’offrande d’une telle chaudière ? Ils employèrent un simple tuyau pour récupérer le précieux liquide. Mais la nature ne l’entendit pas ainsi : diminuée de quelques centimètres, la mare pacifique se transforma en geyser impétueux. Les hommes,  penauds d’avoir entrouvert cette boîte de Pandore, défirent à la hâte leur installation et rendirent au cratère l’eau qu’ils lui avaient soutirée. En vain. L’esprit sorti de l’Enfer refusa de quitter la surface de la terre. Même rendue à son niveau original, la mare devait désormais manifester son courroux jaillissant. On en admire aujourd’hui encore les éclats turbulents au Solitary Geyser.

Au cœur de Yellowstone

Au cœur de Yellowstone

Les éléments ne sont pas les seuls dangers du lieu. Des troupeaux de bisons occupent des terrains entiers, en totale liberté. Ils traversent la chaussée quand bon leur semble. Le code de la route local leur donne entière priorité sur les voitures. D’où des bison jams, ou embouteillages à bisons, assez fréquents. Quand l’un de ces bestiaux choisit de piquer un roupillon sur le bitume, rien à faire. Klaxonner est interdit. Des centaines d’autos attendent alors que le bovidé daigne s’installer ailleurs.

Placide au gros museau

Placide au gros museau

Il est évidemment tentant de descendre pour aller titiller cette grosse vache poilue. Mauvaise idée, le gros pépère peut vous prendre en grippe et vous encorner au gré d’une course à 50 à l’heure, avant de finir le boulot en vous piétinant. Certains mauvais coucheurs, rendus téméraires par la fréquentation assidue des Buffalo Grill, ont accompli leur séjour sous forme de steak tartare. Alors, on attend. Avec philosophie : après tout, c’est la version locale des incidents voyageurs du RER A.

D'abord, je passe. Après, on verra.

D’abord, je passe. Après, on verra.

Une autre cause d’embouteillage est l’ours. Non, celui-ci ne dort pas sur la route. Mais quand un automobiliste a le bonheur d’en apercevoir un, il s’arrête aussitôt, suivi par la ribambelle d’autres observateurs ébahis. On reconnaît un bouchon à ours à la présence de rangers, ordonnant aux gens de ne pas s’approcher et surtout de ne pas courir. La distance de sécurité est établie à 91 mètres. Pourquoi 91 ? Parce que c’est la conversion dans le système métrique de la mesure de 100 yards. Bon, normalement c’est 91 virgule 44, mais on n’a pas envie de chipoter avec un ranger sang et eau lançant de sourds « don’t run ! » à des touristes hilares brandissant leurs smartphones.

Touchez pas au grizzli

Touchez pas au grizzli

Car il y a du monde à Yellowstone. Beaucoup de monde, des Chinois, des Pakistanais, des Français. Et comme toute cette foule se retrouve au même moment au même endroit, il faut parfois attendre pour trouver une place de parking. C’est l’endroit le plus fréquenté que nous ayons vu dans les parcs américains, davantage encore qu’au Grand Canyon. Fâcheux ? Sans aucun doute. De nature à amoindrir l’enthousiasme de cette découverte ? Certainement pas.

Panorama alternatif

Panorama alternatif

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