La petite mort d’Elko

Plein sud direction Elko. Pourquoi Elko ? Parce que nous n’avons pas trouvé d’autre pied-à-terre à une distance raisonnable. Et puis, c’est aussi une « ville basque », au même titre que Boise.

De Boise à Elko

De Boise à Elko

La route est presque déserte. Certains prétendent que la région que nous traversons est l’une des moins fréquentées du monde occidental.

Une présence sur la route

Une présence sur la route

Elko est dans le Nevada. Ici, guère d’allusions au Pays Basque – il faut dire que nous arrivons trop tard pour le festival qui lui est consacré chaque début d’été – mais des buckaroos. Ça vous parle ? c’est une déformation de l’espagnol vaquero. Bref, c’est ainsi qu’on appelle ici les cow-boys.

 

A deux pas de l’hôtel se trouve une boutique pour buckaroos. Pas un nouveau supermarché comme à Dillon, mais un vrai magasin d’artisanat : selles, lassos, couvre-chefs, chemises en tissus résistant, tout est à disposition pour mener le bétail à la rivière rouge au son de l’harmonica. Sauf peut-être la poudre-qui-soulage-le-derrière, mais il est possible qu’elle soit ici vendue sous un emballage moins explicite.

Tous en selle

Tous en selle

Le Nevada, c’est aussi le pays des casinos. Nous logeons dans l’un d’entre eux. Pas grand chose à voir avec Las Vegas, l’endroit est modeste et peu achalandé. Un seul type de bandit manchot est proposé, sous différents habillage : celui où on doit aligner des symboles ésotériques pour former des combinaisons plus ou moins gagnantes. La machine avale des billets. J’enfourne des sommes de un dollar histoire de titiller le démon du jeu.

Notre hôtel-casino

Notre hôtel-casino

La mécanique est prise d’un hoquet subit : son manège s’est arrêté sur une rangée de hiéroglyphes sibyllins. Voilà que le bidule s’emploie à clignoter frénétiquement telle une Tour Eiffel sous l’ère Hidalgo. Au cœur de son écran s’emballe un compteur à grande vitesse.

J’ai contre toute attente touché un lot pour avoir enfoncé un simple bouton « parier » ! Un pêcheur du dimanche ayant ferré un monstre marin ne doit pas ressentir autre chose.

L’engin poudroie sur un air de carnaval tandis que des nuées de pixels surgissent on ne sait d’où pour former des figures éphémères sitôt dissoutes dans un euphorique chatoiement. Des lignes se tracent toutes seules, surlignant d’un trait lumineux maintes combinaisons heureuses célébrant un hymne à la prospérité. La Fortune aux doigts argentés s’annonce-t-elle donc de la sorte à celui qui brave les aléas ?

Je me demande dans un éclair comment je ferai pour encaisser une somme d’un million de dollars. La Banque Postale accepte-telle les chèques américains ?

La machine infernale se fige au pinacle de son tintamarre et annonce le gain : treize dollars et quarante-et-un cents.

Bon. A défaut de finir millionnaire, j’aurai au moins préservé le budget familial en rentrant dans mes frais. Je vais échanger le ticket gagnant contre des dollars sonnants et trébuchants auprès d’un caissier blasé.

Je comprends mieux les mères de famille et les quelques types affairés à pianoter une touche « bet », sortant à intervalle régulier de nouveaux dollars pour assouvir leur bécane qu’ils fixent d’un air halluciné. Que ne donnerait-on pas pour revivre le moment sublime où tout étincelle, se précipite et s’achève dans la révélation du gain ? La petite mort a bien des appâts.

 

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