Adios Mexico, cap sur Cuba

Il existe un Yucatan usine à touristes, sorte de Disney village où les figures de dieux mayas remplacent Mickey, Donald et toute la smala. C’est Cancun, c’est Playa del Carmen. Et un Yucatan où le touriste est là en invité d’un panorama qui existe sans lui, et qui survit aisément à son départ : Valladolid, Mérida, Uxmal, Bacalar.

Muyil, panorama depuis une tour de bois

Muyil, panorama depuis une tour de bois

Cité de Muyil

Cité de Muyil

En remontant vers le nord, la jonction entre les deux s’effectue à Tulum. Vingt kilomètres plus au sud, les petites ruines de Muyil et la ballade dans la jungle ont encore un intérêt en soi. Je ne parle pas du tour en bateau, hors de prix et que nous avons refusé de faire (plus de deux fois les tarifs de Bacalar). Et puis, à partir des ruines de Tulum, c’est la foire au toc, aux harceleurs hilares, aux vendeurs de malbouffe qui vous prennent pour des prunes. C’est le retour à ce Mexique tout sauf aimable, bétonné à outrance, cher, aseptisé, passé à la moulinette du kitsch et qui vous renvoie l’image de ce que vous cherchez résolument à ne pas être : un beauf stupide et crédule.

Ou alors, cela s’entend à condition de jouer le jeu et de prendre un séjour dans l’un de ces grands complexes en bord de mer. Pourquoi pas, si les prestations en valent la peine… Quelques jours les pieds dans l’eau à se faire servir par des garçons en gants blancs doit bien avoir son charme… Mais pour l’heure, ce n’est pas le genre de vacances que nous avons choisies.

Fresque à Tulum

Fresque à Tulum

Direction Cancun, où je dois rendre la voiture de location. Je laisse l’engin à l’agence Avis de l’aéroport. Le type à qui j’ai affaire vient d’Acapulco. Ce doit être beau aussi dans ce coin-là, non ? « C’est magnifique. Moi, je le préfère à ici, mais je ne suis pas objectif, bien sûr. Mais bon, avec tous les problèmes de narcos, il vaut mieux être de ce côté-ci du pays ». Il déchire un ticket à la caisse automatique. « Voilà, aucun souci, vous êtes libres. Je vous dis au revoir ! Mais pas tabernak, hein ? c’est un gros mot, n’est-ce-pas ? » Je lui dit que c’est une grossièreté pour les Québécois. « Ah ah ah ! Tabernak ! Tabernak ! Au revoir amigo ! »

C’est bien la première fois que je rends une voiture de location en entendant chanter le grand air des lampions.

FIAC ? Nope. Mexique.

FIAC ? Nope. Mexique.

Ce soir nous restons dans un hôtel près de l’aéroport. Un hôtel de luxe, le Marriott, que nous avons pu nous offrir grâce une promo salutaire. C’est que pour le lendemain à l’aube s’annonce une autre partie des vacances. Nous changerons de pays et mettrons les pieds dans un endroit que nous ne connaissons pas du tout. Les obstacles pour monter ce voyage dans le voyage ont été nombreux, et les rebondissements souvent agaçants. Mais en principe tout est bon, et je croise les doigts pour que le mini séjour à Cuba se déroule comme attendu.

Pourquoi Cuba ? Cela fait longtemps que j’entends des Latino-américains me parler en bien de La Havane. Lors de notre dernier séjour, il y a plus de dix ans, un patron de bar que nous connaissions un peu avait placé un drapeau cubain au faîte de son commerce à Playa del Carmen. Il avait fait dans l’île voisine une petite visite rapide et pas chère pour en revenir enchanté. Mon scepticisme en était resté chatouillé.

Le plan initial était de prendre un vol à bas prix Cancun – La Havane, de visiter la capitale insulaire, puis de rejoindre la Floride par un vol La Havane – Miami.

Acheter le premier billet depuis la France avait duré des heures ; le site de la compagnie aérienne plantait avec une impeccable régularité à l’avant-dernière étape, obligeant l’infortuné acheteur à tout reprendre depuis zéro. Je n’ai pu terminer l’achat qu’en faisant croire au site que je me connectais depuis le Mexique. Il est vrai que c’est une terre de déguisements.

Mais l’achat du second billet, La Havane-Miami, fut impossible. A un moment donné, le processus de réservation s’engage dans un entonnoir. Il ne s’adresse plus qu’à un Américain, possédant un passeport américain et habitant en Amérique. De quoi s’arracher les cheveux. La hotline m’envoya demander de l’aide auprès de l’ambassade de Cuba à Paris (authentique). Quelques tweets acides plus tard et la vérité fut établie : les vols directs entre Cuba et les Etats-unis ne sont ouverts qu’aux ressortissants américains ou cubains. Vous êtes Européen ? Vous devez passer par un pays tiers avant de rejoindre les USA. Et même quand on est Américain l’affaire n’est pas simple. Les motifs de voyage dans cette île sont soigneusement mentionnés sur sur courte liste. Le tourisme n’en fait pas partie. Vous n’avez pas de raison valable pour vous rendre dans l’île – visite familiale, journalisme, épreuve sportive… -, passez votre chemin.

Me voilà malin, avec mon aller simple Cancun – La Havane. Virtuellement bloqué dans le pays des Castro ! Il ne me restait plus qu’à acheter un vol en sens inverse puis un aller simple entre Cancun et Miami. Un vol de plus que prévu. La simple escapade prenait un tour inattendu et écornait le budget (pas énormément, faut bien le dire, mais tout de même).

Et ce n’est pas tout. Les logements sont chers à La Havane, et je me suis empressé d’en réserver un des seuls abordables qui restaient – mais alors, le site de location a exigé que je renseigne l’une des seules catégories de voyage autorisées pour les Américains. J’ai choisi « raisons religieuses », ce qui est assez flou à mon goût. Mais je me demande bien pourquoi je dois indiquer, moi qui ne suis pas Américain, ce genre de motif à un site de réservation hôtelière. Aurai-je des soucis par la suite pour rentrer aux USA ? L’agent de l’immigration ne va-t-il pas tiquer en voyant le tampon cubain sur mon passeport ? Et comment ferai-je pour le convaincre de ma passion pour la chose religieuse ?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s