Traquenard à Bacalar

Bacalar, à en croire l’enthousiasme des connaisseurs, est désormais une destination phare de la côte Caraïbes. Une bonne raison à cela : sa lagune aux cinquante nuances de vert.

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Le premier contact avec la ville laisse froid. Beaucoup trop de routards portés sur le tourisme recyclable par ici. Le touriste contemporain est jeune d’aspect ou de cœur, s’habille en coton bio, arbore un badge arc-en-ciel vantant les mérites de la diversité et balance sa carcasse terminée en queue de cheval au rythme du frottement de son pouce sur l’écran de son I-Phone. Au soir, il hésite entre mescal zen ou tequila bio et achève sa journée en compagnie d’une pizza équitable, dont une partie du prix sera reversée aux lamantins nécessiteux. Bacalar appelle la même faune fortunée et illuminée que Sedona, ceux pour qui l’holistique c’est fantastique.

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Nous ne sommes pas assez dans le vent pour partager la ferveur générale pour ces beaux principes. Nous achetons à l’hôtel un tour en bateau, beaucoup moins cher que les propositions vues en ville. Une voiture vient nous chercher et nous voici transportés à un point d’embarquement au long de la lagune. Le gilet de sauvetage est obligatoire. Il est vrai que ce lac se ride parfois de petites vagues drues et étonnamment puissantes. Des rafales peuvent survenir tout aussi brutalement, alors que le temps reste le plus tropical qu’il soit. C’est un drôle de climat, faut bien le dire.
Nous partons. Le pilote, un jeune gars venu d’Argentine gagner sa vie par ici, interroge chaque passager pour savoir d’où il vient ; nous sommes les seuls non Latinos. « Personne n’est parfait », lui déclarè-je alors, suscitant une intense perplexité sur sa face. Plus tard, le gars me prendra à part pour me confier : « ton personne n’est parfait m’a fait marrer tout seul pendant une demi-heure ». Bon, je ne me savais pas si drôle, mais j’apprécie l’hommage d’un ressortissant d’un pays qui a vu naître Les Luthiers (cette exceptionnelle bande de comiques de Buenos Aires, dont je ne vois aucun équivalent chez nous). Mais peut-être que l’homme mettait ses pas dans ceux d’un célèbre personnage de Borges, « qui aimait la France mais méprisait les Français ».

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Le lac, quant à lui, tient ses promesses. Ses eaux étincellent de coloris si inouïs qu’on ignorait même qu’ils fussent possibles. La multiplication des petites facettes qui composent chacune des innombrables vaguelettes de l’étendue décrit une palette qu’il serait vain de chercher à dépeindre. Trois gros cenotes partagent leurs eaux avec celles de la lagune, dessinant un trait d’union entre l’infra-monde maya et l’univers des Bronzés. Évidemment, des villas de luxes enjolivent son rivage, où se retrouve toute la bonne société du pays.

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Le pilote argentin stoppe le moteur et se jette par-dessus bord. Surprise, il a pied, il a même tellement pied que l’eau n’atteint pas son genou. En sifflotant, il transporte l’ancre à quelques mètres de là, la portant comme un sac de patates avant de la balancer d’un geste désinvolte. Je n’avais encore jamais assisté à ce genre de manœuvre maritime qui stoppe net l’erre du bateau.

Tout le monde se défait de son gilet et se met à l’eau. Enfin, met les pieds dans le fond d’eau qui à cet endroit constitue le lac. Le sol est doux, on s’enfonce légèrement, la sensation est très curieuse, pas désagréable du tout, mais décontenançant pour celui qui s’attendait à faire un peu de nage ou à explorer des fonds cristallins. Nous ferons ainsi diverses haltes, grosso modo seule la profondeur de l’enfoncement dans le sol varie, pour le reste les sensations sont les mêmes et le spectacle toujours inouï.

Déception, on ne voit aucun animal. « Il y avait des tortues avant, me dit mon ami argentin. Mais avec tout ce trafic, elles sont parties dans un lac voisin ». Et les lamantins ? « Ah, on les voit plutôt du côté de Chetumal, vers le Belize ». C’est vrai qu’on n’est pas très loin du Bélize, un drôle de pays dont on ne parle jamais, sauf pour signaler les tribulations dans ce territoire d’un certain Mc Afee, il y a quelques années. Cette réminiscence incongrue de lointains démêlés avec Windows devait couronner cette belle balade sur un lac hors du commun.

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