[Cuba] Tristes tropiques

Je n’étais plus monté dans une Lada depuis… en fait, je crois bien que jamais je n’avais mis les pieds dans ce genre de bagnoles. Le chauffeur récite la fiche signalétique du pays en s’escrimant avec le levier de vitesses.

Les abords de l’aéroport ont tout pour plaire. Larges voies inondées d’un soleil radieux lézardées de larges palmes consolantes. Grosses Américaines aux coloris éclatants. Le tableau est propre, avenant. Mais à mesure que nous approchons du centre historique tout se délite. Des gosses torse nu peuplent des rues crades où gisent des ordures. Quand nous ouvrons les portières, des odeurs de putréfaction nous sautent à la gorge. Chaleur et puanteur, comme je n’en avais subi que dans la ville du Caire.

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A l’hôtel, on nous explique que l’internet ne peut fonctionner qu’après l’achat d’une carte. Pourtant la chambre était louée avec l’option wifi incluse ? C’est la stricte vérité. L’accès au wifi est possible. Il est même gratuit. Mais le wifi est une chose, internet autre chose. Pour internet il faudra acquérir la fameuse carte. Où ? Nous ne comprenons pas trop l’adresse. On cherchera à vue de nez.

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Nous parcourons le vieux centre à pied. Tout est délabré, déglingué, ça pue. Il y a des trous dans le sol. Des ordures jaillissent de poubelles éventrées. Des types dorment par terre. Partout on nous propose des tours en taxi ou nous de vendre des cigares. L’air est plein de klaxons, de cocoricos et retentit de la stridence de sifflets. Ça crie beaucoup. Les Cubains sont regroupés au bas de leurs immeubles, en pleine discussion. On se hèle d’un groupe à l’autre. Des gamins jouent aux billes, les plus grands s’entraînent au base-ball. Les types sont en tee shirts fatigués, les femmes en vêtements moulants, on s’habille à l’économie. Des entrées d’immeubles plongées dans la pénombre servent de présentoirs à des biens divers : piles, rasoirs, mouchoirs. Certains vendent des briquets sous le manteau.

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Les soir vient. L’éclairage est faible. Les trottoirs tordus abritent des cafards énormes.

Nous arrivons à des coins à touristes. Bars pimpants, restos aussi avenants qu’au Quartier Latin. La salsa donne à fond, des étrangers se bougent en fermant les yeux. Ils sont aux anges. La ville leur donne ce pour quoi ils sont venus. La fête, l’insouciance, le fantôme d’Hemingway. Et l’assurance de pouvoir repartir.

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J’entre dans une librairie. Sur les rayons, les œuvres de Trotski, Fidel, Chomsky. Des ouvrages sur Salvador Allende et les manœuvres de la CIA. Je m’étonne de ne pas trouver les pensées complètes d’Edwy Plenel. Les employés, assis dans un coin, ont une discussion animée. S’agit-il de politique ? Je tends l’oreille. « Mais comment peux-tu dire ça, bien sûr que le danzón vient de chez nous, pas du Mexique ! »

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Je demande s’il y a des disques de musique classique. Une fille parle notre langue, elle a étudié à l’Alliance Française. On m’oriente vers des vieux vinyls où je reconnais Ernesto Lecuona et Morton Gould. « Ça, c’est vraiment du classique », me dit un homme d’un certain âge. « Mais non, rectifie la jeune fille, il cherche du Bach ou du Beethoven ». Le vieux se gratte la tête. Pour lui, le « classique » est la danse instrumentale de la grande époque, quand existaient encore des orchestres légendaires : ceux de Xavier Cugat, Pérez Prado… Dommage, j’aurais voulu entendre l’orchestre symphonique local. « Moi j’adore Mendelssohn », me glisse la jeune fille. « Quoi, de Mendelssohn ? » Elle ne répond pas. Je n’en saurai pas plus.

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