La Havane : à la table des tortionnaires

Déjeuner au Van Van, l’un des restos emblématiques du coin. Excellente ropa vieja, bœuf aux légumes, pour moins de 10 euros. C’est la seule chose correcte que nous mangerons sur l’île. Le reste fut passablement mauvais – et très cher, facilement vingt euros pour une assiette désolante.

Sous l’œil des tyrans

Au Van Van, ou comment bâfrer sous l’œil des tyrans

Déco typiquement routarde : graffitis sympas et portraits de tortionnaires. Selon un principe bien établi, le révolutionnaire latino reste fréquentable en toutes circonstances. C’est qu’il a des atouts à ne plus savoir qu’en faire. Il combat les Américains. Il a fait tomber (ou ne va pas tarder à faire tomber) une horrible dictature. Il prône l’égalité des sexes, l’éducation, la santé pour tous. Il inscrit ses pas dans ceux de héros bien-aimés, les Bolívar, les San Martín, les Juárez. Son action est hélas entravée par les menées impérialistes de puissances libérales, néo-libérales et même, horreur ! ultra-libérales, exploitant jusqu’à l’indécence la force brute du billet vert. Comment ne pas se sentir solidaires de tels bienfaiteurs de l’humanité ?

Nouvelles du pays des droits de l'homme

Au Van Van – Contribution du pays des droits de l’homme

Nous tombons sur un point de vente décoré aux couleurs de l’opérateur téléphonique local. Je demande au type qui tient la porte d’entrée si on peut acheter ici des cartes pour internet. Il répond par la positive et me demande de prendre ma place dans la queue, sur le trottoir.

Je poireaute en attendant mon tour. Je ferai de la sorte plusieurs files d’attentes dans ce pays. De temps à autre, un Cubain arrive et lance à la cantonade « ¿ Último ? » Il cherche à savoir qui ferme la file, pour se mettre à sa suite. Courtois.

A mon tour d’entrer dans le point de vente. C’est un grand hall défraîchi, très centre des impôts dans les films de l’après-guerre. Je suis surpris de devoir poursuivre ici l’attente. A partir de là, la file est assise, c’est déjà ça. A mon tour. On me désigne un guichet. La carte internet vaut un peso pour une heure de connexion. On peut acheter des durées de 1, 5 ou 10 heures. La carte comporte une zone à gratter qui dévoile les codes de connexion.

L’internet coûte donc un euro l’heure, en principe. En fait, il est très délicat de se connecter. Quelques hot spot dans les lieux touristiques drainent des masses d’étrangers pour qui le partage des selfies relève de la première nécessité. Mais souvent, le signal est saturé. Ou simplement inopérant. A l’hôtel, l’internet a fonctionné un jour et demi. Ensuite, nada. La vie sans Instagram, voilà le plus grand drame dont témoignent les touristes dans l’avion du retour.

Pluralité

Pluralité ? Manquerait plus que ça.

Dans un jardin « écologique » (en fait, une collection de quelques arbres fruitiers), le gardien vient échanger quelques mots. « Tu t’appelles Alain, sais-tu qu’avant on aimait beaucoup les films d’Alain Delon ? Moi je m’appelle Eduardo » (j’ai modifié le prénom). Je lui demande s’il connaît la France. « Oui, sur la carte ! » répond-il en dessinant un carré dans les airs. L’homme est âgé et force la sympathie. « Eh, Donald Trump, il veut tout conquérir cet homme-là, ajoute-t-il dans un sourire. Il se croit le maître du monde, hein ? Tu vois ce que je veux dire ? »

Je le vois parfaitement. Eduardo lance une sonde pour jauger ma réaction. Cela dit, je le crois sincère. Trump incarne à coup sûr un très sale type, à la Havane comme chez nous. Mais à Cuba, je ne pense pas que cette opinion puisse se faire librement.

« Et avec Obama, c’était bien ? »

« Oui ! Il est passé ici-même et a mangé pas loin. Et moi je l’ai vu, comme cela », dit-il en formant une fourche de ses deux doigts.

Etude, Travail, Fusil - la violence sans vergogne

Etude, Travail, Fusil – le beau programme que voilà !

Pas moyen d’en savoir plus, mais je n’insiste pas outre mesure. Délicat dans ce genre de pays. Toute discussion est biaisée. S’appesantir serait impoli. L’interlocuteur est prolixe ? Peut-être est-il en mission. Il émet des critiques ? Éventuellement pour vous tester. Allez savoir.

Nuit sous les tropiques

Nuit sous les tropiques

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