Fuir Cuba

Jour du départ. Nous avons commandé un taxi pour 7h15, mais rien ne se pointe dans les rues cabossées. Une bagnole antédiluvienne finit par arriver avec 20 mn de retard. Est-ce la voiture que nous attendions pour l’aéroport ? Impossible de le savoir. Le chauffeur s’exprime par interjections et accepte de nous convoyer pour 20 pesos – tout ce qui nous reste. Nous embarquons dans l’antiquité. Pas de ceinture. Sièges profonds et déglingués. Le moteur fait un bruit de Bréguet de l’Aéropostale. Son mufle magnifique de grosse américaine maussade ferait la joie des amateurs, de par chez nous. Mais ici c’est un gagne-pain pour survivre.

Le taxi du salut

Le taxi du salut

Aux commandes de l'engin

Aux commandes de l’engin

Le chauffeur reste muet jusqu’à l’aéroport. Là, il me demande où nous allons. Je réponds « Cancún ». « La plage », dit-il sans émotion apparente. Pour lui, c’est une destination comme une autre, qu’il ne connaîtra jamais. Son métier est de transporter des gens qui iront un peu partout sur terre, pour la découverte ou pour le fun, le shopping ou la bouffe. Je ne sais pas s’il existe job plus humiliant. Puis il m’explique qu’il va nous laisser un peu à l’écart de l’aéroport. A cause de la police. « Ils peuvent m’embêter, avec les papiers, tout ça ». Ce n’est sans doute pas un taxi officiel. Qu’importe. L’aéroport est là. Nous, nous pourrons échapper à cette île frappée par le malheur.

Propagande anti-embargo

Propagande anti-embargo

Le retour à la civilisation est très long. A Cancún, le bagage met un temps fou à nous être délivré. Notre vol suivant est dans deux heures et nous devrions déjà être à l’enregistrement. Si nous le ratons, nous devrons acheter à la va-vite un autre billet, au prix fort. Je reçois heureusement un SMS d’American Airlines. Le vol est retardé, ce qui nous offre un délai de grâce salutaire. C’est bien la première fois que je me félicite du retard d’un avion. Le bagage récupéré, direction terminal 3. J’ai lu qu’il fallait éviter d’y aller à pied tant les tracasseries sont nombreuses. Un taxi nous dépose à temps. Nous aurons notre vol pour Miami.

Une dernière épreuve nous attend en Floride. La file pour l’entrée aux Etats-unis est gigantesque. Jamais nous n’avions vécu cela. Seuls les ressortissants américains passent rapidement. Pour tous les autres, c’est une attente démesurée dans une foule qui avance par brefs à-coups. Nous sommes entourés de Latinos. J’exhibe mon passeport français qui ne me donne droit à aucun privilège. Nous restons coincés entre une famille de Guatémaltèques et un couple d’Argentins. Certains ont décidé de s’asseoir à même le sol et de pique-niquer. Des gamins hurlent, d’autres se passionnent pour leur console de jeu, faisant naître en moi des pulsions de serial killer. Trois heures à trépigner de la sorte. L’agent chargé de l’immigration expédie notre cas en deux minutes chrono. Pas de bla-bla, pas de question sur notre séjour à Cuba. Nous voici officiellement admis en Floride. Il est tard et nous sommes crevés. Mais en terre amie.

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