Ô mon drapeau

Dès notre arrivée en Floride, nous regardons les boutiques comme des fous. Trois petites journées à Cuba nous ont fait de nous des affamés d’une vie qui nous paraît tellement normale. Nous ne mesurons pas notre chance. Une eau potable coule du robinet. La télévision ne suit pas servilement le gouvernement. On peut bouffer à peu près n’importe quoi pour pas cher. On trouve toute sorte de livres. Les ordures sont ramassées. L’air est respirable. Les gens mènent leur vie.

Pour le 4 juillet, direction Naples, sur la côte ouest. Un public joyeux est massé sur l’immense plage où, il y a quelques années, je me suis essayé à une pêche rendue stérile par le jeu des dauphins autour de ma ligne. Le feu d’artifice commence aux premières notes de la Fanfare for the common man, d’Aaron Copland. Beau spectacle : les fusées partent d’un navire ancré dans la baie, explosent dans un ciel nuageux en suscitant les vivats de la foule.

Independance Day sur la plage de Naples

Independance Day sur la plage de Naples

C’est toujours étonnant de voir comment le patriotisme s’affiche ici. Tout le monde observe un silence recueilli quand retentit l’hymne national. Des particuliers ont fixé sur leur voiture un énorme drapeau qui claque au vent. Le mot liberty revient sans cesse.

Je ne sais pas s’il y a un rapport, mais le drapeau américain a le chic. Des étoiles, des bandes, une rhapsodie en bleu, blanc et rouge, une allure folle quand il se dessine sur l’azur ou s’illumine au firmament. Je ne peux refréner des frissons quand j’en vois un, regrettant que le nôtre soit aussi moche, avec sa tête de tranche napolitaine pour daltoniens. Il aurait une autre gueule avec quelques fanfreluches, des évocations de nos victoires, ou de nos grands écrivains, ou de notre cuisine, j’en sais rien, mais bon, et on le sortirait plus volontiers, j’en suis certain, tant nous serions fiers d’un étendard digne de notre rang.

Je suis bien d’accord, nous ne sommes guère mieux lotis que les Allemands avec leurs trois bandes austères, mais justement, l’Allemagne est le pays où Wagner est critiqué pour son côté primesautier et dont un Heidegger pourrait assommer Mohamed Ali d’un seul coup de Sein und Zeit. En comparaison, notre esprit français de fronde et de fantaisie qui manque tant à nos voisins est regrettablement absent de nos armes. Quel dommage que notre bannière soit si banalement laide, quand on voit celles des États-Unis, du Japon, de la Grande-Bretagne ou du Canada, pays que nous ne craignons nullement sur un terrain de foot mais qui nous font la misère dans un défilé de fanions.

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